Interventions Atelier A2 - Organisation et ingénierie de la formation

Les dispositifs de formation à l'épreuve de l'ingénierie Bruno Bachimont (UTC), Isabelle Cailleau (UTC), Hugues Choplin (UTC), Stéphane Crozat (UTC)
Résumé : La formation est une affaire de dispositif matériel et technique. Elle mobilise des artefacts (tableau, système documentaire etc.) qui la conditionnent. La stabilité séculaire de ces dispositifs et artefacts de formation a permis de constituer un milieu technique cohérent et homogène. Elle confère à celui-ci un caractère inobjectivé et implicite. Si bien que la mutation actuelle due au numérique est souvent perçue comme l'irruption de la technique dans le domaine de la formation alors qu'il s'agit en fait d'une mutation du système technique sur lequel reposent les dispositifs de formation. Les innovations numériques traduisent, il est vrai, une mutation profonde qui impacte la nature même des techniques intellectuelles. Si la technique n'a jamais été neutre, elle l'est moins que jamais dans le contexte de la mutation numérique, laquelle engendre notamment des désynchronisations entre système technique et système de pratiques. Ce type de problème se pose tout particulièrement au sein des institutions éducatives. C'est dans ce contexte que nous proposons de faire valoir la figure de l' ingénierie des dispositifs de formation. Notre thèse est que l'ingénierie repose sur trois traits : un bricolage de l'hétérogène , une théorisation du local , une invention du répétable . Cette thèse marque en particulier combien, loin d'adopter une posture comparable à celle de la science, l'ingénierie contemporaine semble aux prises avec un terrain ouvert et complexe.
Nous explicitons cette thèse en nous appuyant sur un cas spécifique, se déployant dans un contexte d'industrialisation du documentaire pédagogique : le cas SCENARI. Nous concluons en évaluant cette figure de l'ingénierie à l'aune de la temporalité propre aux processus d'innovation pédagogique.
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Développement de contenus: Le XML dynamique comme outil pour favoriser une synergie entre approche artisanale et approche industrielle. Jean-Marie Ball (Université du Littoral)
Résumé : Le déploiement de la relation d'enseignement dans le contexte des campus numériques a souvent pour effet une catégorisation des fonctions et des rôles en décalage avec les pratiques présentielles traditionnelles dans lequel le mot « cours » désigne à la fois le contenu de formation et l'évènement au cours duquel les échanges pédagogiques se produisent.
On distingue souvent sur une plate forme de formation, d'une part une zone ou sont proposés des ressources,   fruit d'une démarche industrielle ayant nécessité, autour d'experts du domaine, la mobilisation d'équipes de médiatisation importantes, d'autre part une zone d'échanges (messagerie, chat, forum, documents,   lieux de travail collaboratif ...) animée par le tuteur et les apprenants. Les problèmes posés par cette répartition sont de deux types: La parole enseignante est portée par deux voix, la ressource et le tuteur, dont l'accord n'est pas assuré. Les conditions de rétroactions possibles ne permettent pas une adaptation rapide de la ressource en fonction du contexte.
La réalisation de ressources dans un format XML dynamique ouvre des pistes pour réduire cette opposition et faire de la ressource elle-même un lieu d'échange. Le choix d'un format unique de modélisation et d'usage permet de déployer des ressources modifiables à tout instant non seulement par le tuteur mais aussi, dans le cadre de certaines règles, par l'apprenant, au cours même de l'usage qu'il en fait. Son intégration au sein des autres services d'une plate forme permet aussi de convoquer étroitement autour de la ressource des fonctions de messagerie et forum contribuant à la replacer au coeur de la zone d'échanges. L'ensemble concourt à une appropriation des ressources par le tuteur et l'apprenant et à des possibilités de rétroaction très rapides. Nous exposerons ces principes à partir de notre usage de l'interface TELEME de production de ressources pédagogiques, utilisée sur le campus numérique de l'Université du Littoral.

 

- Jean-François Berger (CNAM), Yann Bonizec (Paris XIII), Pierre Rieben (CNAM), « Comment élaborer un environnement interactif adapté à la formation par le projet ? Etude d'un processus de conception. »
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Les campus numériques : la bureaucratisation condition de l'innovation pédagogique ? Sana Miladi (CSO-Sciences Po / CNRS)
Résumé :
La constitution et le fonctionnement des campus numériques français implique des exigences de collaboration intra et inter-universitaire. En effet, l'offre d'une formation ouverte et à distance dans le cadre des campus numériques nécessite plusieurs types de compétences et donc l'intervention de nouveaux acteurs et se fait à travers des consortiums d'universités. Comment ces exigences se sont-elles traduites en terme de structures organisationnelles des campus numériques ? Quel est l'impact de l'innovation pédagogique qu'apportent ces campus numériques en terme organisationnel ?
Il apparaît, suite à l'étude de six campus numériques, que la construction de ceux-ci a donné lieu à l'émergence d'organisations multiformes, toujours assez éloignées des formes organisationnelles « universitaires ». Une forme dominante est celle de la bureaucratie avec une division à la fois horizontale, entre acteurs « exécutants » (enseignants, développeurs, techniciens...) et verticale entre le Comité de pilotage et les acteurs exécutants. D'autres formes d'organisation ont été rencontrées, plus « artisanales » ou moins divisionnalisées où l'innovation pédagogique n'est pas pleinement intégrée.
L'émergence de telle ou telle forme n'est pas aléatoire. En effet, plus l'innovation pédagogique que permettent les TIC est intégrée dans le fonctionnement des campus, plus on assiste à la montée du rôle joué par le management de la formation et plus celui-ci se traduit par des formes bureaucratiques d'organisation. Nous tenterons d'expliquer dans cette communication le lien entre innovation pédagogique/bureaucratie, mais aussi la prééminence de cette structure organisationnelle qui semble être en contradiction avec la logique « projet » affichée par le Ministère dans les appels d'offres « campus numériques français ».

- Planification versus Potentialisation De la structuration des contenus à la structuration de la contenance Didier Paquelin (Université Bordeaux 3)
Résumé L'ouverture des dispositifs de formation, en cela qu'elle suscite l'apprenant dans une dynamique participative de co-construction, conduit de facto à considérer l'acte de conception de ressources et de dispositifs comme inachevé. Cette évolution tendancielle transforme les processus d'ingénierie de conception classique, déterministes, pour laisser place à une ingénierie de co-construction qui conduit, par l'actualisation de fonctions potentielles, à l'élaboration de formes singulières et renouvelées par l'usage. Autrement dit, là où la planification organisatrice d'une action à venir était une voie première de l'acte de conception, la conception évolue vers la création de potentiel de situation. Par une sémiogénèse dont nous avons tenté de dresser les premiers éléments , nous proposons par cette contribution de poursuivre cette exploration des processus spécifiques par lesquels, les ressources et dispositifs trouvent sens par et pour l'action qu'est l'apprentissage. Cette évolution interpelle directement les institutions et industries éducatives par les modes spécifiques qui organisent l'utilisation des dispositifs et des ressources. A l'économie de   la production se substitue, du moins partiellement, une économie de l'usage, reconfigurant les modèles économiques de la conception et de la diffusion. Economie d'anticipation qui suppose que la structuration des contenus et du dispositif soit suffisamment malléable et flexible pour initier l'acte de co-construction supposé finaliser la forme organisatrice des apprentissages. Dans cette perspective, nous posons l'hypothèse d'une nécessaire structuration qui contient et reconnaît l'actualisation des composantes du dispositif et des ressources. La structuration des contenus, quels que soient les principes pédagogiques qui les organisent, supposerait une structuration de la contenance. Pour ce faire, nous proposons d'étudier comment les objets que sont les médias interviennent dans ces processus d'actualisation. La présente contribution cherchera tout spécifiquement à définir ces objets selon trois fonctions : intentionnelle, transactionnelle et transitionnelle. Les fonctions définies, nous reviendrons sur les temps à l'oeuvre dans ces processus d'actualisation pour comprendre dans quelles temporalités de l'interaction entre les acteurs sont instanciées les fonctions de ces objets. Pour illustrer les propos, des exemples seront issus de l'analyse de dispositifs et d'observations d'usages.
1- Paquelin D., (2004) « Postures et multiplicités des formes tutorales : mise en lien, mise en sens » in Distances et Savoirs , Vol. 2, n°2-3/2004, pp. 157 - 182.
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