Institutions, organisation, économie


Ce thème s'attache à une question essentielle : l'introduction des technologies numériques se glisse-t-elle dans des continuités ou est-elle liée - quel que soit le sens des déterminations - à des modifications dans les agencements socio-économiques de la formation ? La question comporte de multiples aspects.
Un premier aspect concerne les institutions. L'introduction du numérique est-elle liée à des changements dans les caractéristiques et le poids relatif des normes de service public et des règles de marché ? Que deviennent les relations avec les tutelles administratives, comment évolue l'autonomie des Etablissements d'enseignement, de leurs composantes, ou d'équipes ad hoc ? Assiste-t-on à une montée du rôle joué par le management de formation et à un changement de ses formes ? Quelles parts occupent la concurrence et la coopération entre Etablissements ? Que deviennent les consortiums constitués entre différentes organisations ?

Un second aspect porte sur la demande effective qui s'adresse aux dispositifs de formation utilisant le numérique. Dans les années passées, beaucoup a été écrit sur l'ouverture de la formation à de nouveaux publics grâce au numérique abolissant les contraintes de temps et de lieu. La demande effective constatée confirme-t-elle ces affirmations et que la réponse soit positive ou négative, pourquoi ?

Un troisième aspect a trait aux continuités et aux changements dans les "combinaisons productives" de formation et dans les structures de coûts. Il s'agit des places respectives prises par le travail des personnels, par l'activité des apprenants, par les ressources informationnelles numérisées, par les moyens matériels. Il s'agit aussi des formes d'organisation du travail entre les diverses catégories des personnels. Il s'agit encore de la situation socio-économique des personnels des institutions éducatives (coûts / qualifications, rémunérations, précarité ou stabilité) et des apprenants (revenus des personnes en formation, etc.), du statut libre ou propriétaire des ressources numérisées. En termes d'interprétation, s'agit-il d'une industrialisation, ou a contrario de nouvelles formes de mutualisation entre des professionnels autonomes, ou de la recomposition de bureaucraties professionnelles, ou de formes post-tayloriennes combinant le pilotage financier par la direction et la confrontation directe avec le marché de segments de l'institution de formation dotés d'autonomie, ou d'autres formes originales ?

Un quatrième aspect concerne le coût global des dispositifs de formation utilisant le numérique. L'introduction de ce dernier constitue-t-elle une opération à coût additionnel nul, réduit-elle les coûts au-delà d'une phase initiale de lancement, ou au contraire, suppose-t-elle de couvrir durablement des coûts plus élevés en contrepartie d'avantages supérieurs escomptés dans la qualité des apprentissages, dans l'accessibilité à la formation tout au long de la vie ? Dans quelle perspective les institutions éducatives se sont-elles placées consciemment ou de facto ?

Un cinquième aspect a trait aux financements. Qui finance les formations utilisant le numérique, avec quels éventuels transferts ou nouvelles imputations de charge, avec quelles contributions demandées aux apprenants en monnaie et, pour les adultes, en temps non rémunéré ? Avec quelle logique les différentes institutions s'impliquent-elles dans le financement : logiques du profit, logiques du retour monétaire sans profit significatif, logiques du financement public renouvelé grâce aux prélèvements obligatoires sur la richesse créée par les personnes formées et actives ? Les questions se posent en considérant l'apparition de nouveaux acteurs et les remaniements institutionnels à l'occasion de l'introduction du numérique : rapports financiers entre les institutions éducatives, les pouvoirs publics, les éditeurs, les prestataires de service, les employeurs, les fonds collectifs de formation des actifs, hiérarchies entre les collecteurs-redistributeurs de fonds ou de recettes et les autres acteurs. Par ailleurs, quels effets les logiques de financement exercent-elles sur la vie interne des institutions éducatives et sur les valeurs qui animent leurs personnels, etc. ?

>> retour à l'accueil