" Territoires numériques "

Enjeux et incidences des " territoires numériques" créés par les réseaux de formation

FOAD ET TERRITORIALITE : le redéploiement de la formation
Des changements locaux aux changements internationaux


On constate que le développement de la FOAD et des NTE permet des redéploiements et affranchissements qui touchent à la fois les cadres pratiques, institutionnels et pédagogiques de la formation. En effet, les cadres pratiques dans lesquels s'exerçait normalement l'essentiel des activités d'enseignement et de formation commencent à être  repensés et retravaillés selon des schémas ou des représentations, celle de l'ubiquité par exemple - affranchissement du cadre spatial -, ou de la surmodernité - affranchissement du cadre temporel - qui se conjuguent et concentrent les signes de la dématérialisation de l'enseignement et de la formation. Les cadres institutionnels sont quant à eux désormais soumis à la pression de formes partenariales qui tendent à accroître à la fois la responsabilité locale et l'autonomisation des acteurs.

A travers l'analyse des dispositifs qui se développent, il conviendra de voir la place respective de l'internationalisation et de la régionalisation , deux processus actuels qui marquent le système éducatif, y suscitant des tendances dérégulatrices. On sera ainsi amené à se demander ce que devient l'action publique étatique : y-a-t-il relâchement de son rôle au profit d'une échelle infra- ou supra-nationale ou s'agit-il pour elle de l'émergence d'un nouveau rôle plus centré sur l'incitation à la coordination (rôle des appels d'offre par exemple) ? L'internationalisation conduit-elle à une logique d'exportation de formations standard ou à une logique de services « régionalisés » adaptés ? Quelles significations attachées à la notion d' « internationalisation   des publics » et quels choix organisationnels en découlent ? Comment le découpage des missions et des fonctions, et leur articulation, tentent-ils de   s'opérer entre les niveaux local / régional / national / international (création de méta-portail permettant des passerelles entre les niveaux différents, projets d'universités numériques régionales, politiques de site ...) ? Quels en sont les enjeux et les limites ?

L'un des phénomènes particulièrement remarquable de la période est celui du partenariat , qui, pour n'être pas nouveau, se trouve cependant promu presque au rang de nouvelle culture fondée sur l'ouverture et l'efficacité (voir numéro 2 de Distances et Savoirs « Le temps du partenariat »). La dynamique partenariale apparaît notamment comme un des éléments forts visant à établir une économie du savoir mondialisée et internationalisée, visant entre autres les pays du Sud. On se demandera donc comment se redéfinissent les partenariats : quelles sont les formes d'injonction à la constitution de ceux-ci ? De quelles fonctions sont-ils investis ? De quel ordre et de quelle ampleur sont-ils ? Quelles sont leurs dynamiques et leur ligne d'évolution / bifurcation ? Quelles synergies permettent-ils de mettre en place ? Comment la thématique de la concurrence-coopération   est-elle pensée par les acteurs investis dans le développement de la FOAD ? Quelles stratégies autour de la francophonie et des relations Nord-Sud dans la mise en place des partenariats ?

Il y a quelques années, une réflexion sur   les Nouveaux Lieux de Formation (espaces   tels que   Nausicaa, la Cité des Sciences et de l'Industrie, des centres de langues vivantes, des musées ... cf. Etudes de communication n° 19, « Formation et espaces d'innovation ») a fourni une première occasion de fixer certains enjeux et processus dans les secteurs de la culture et des loisirs, de remarquer des évolutions dans plusieurs domaines comme celui des langues. Aujourd'hui, il n'est plus possible de s'en tenir comme à l'époque à des lieux physiques : il est davantage question de «  territoires numériques  » créés par les réseaux de formation, au sein desquels se trouvent maillés des lieux délocalisés de formation aux statuts divers (cyber-centres locaux, entreprises, médiathèques etc.) qui font ainsi partie de la chaîne de production de la formation. A côté de ces lieux institués, sont   également maillés les domiciles privés, suscitant, aux USA notamment, un engouement pour le « home-learning ». Le domicile privé et son équipement devient aussi une composante dans la stratégie des institutions de formation qui mettent en place des plate-formes permettant d'hybrider les lieux et les pratiques de travail, qu'elles soient individuelles ou collectives.

Comment  le va et vient, dans les réseaux informatisés, entre les noeuds et les frontières contribue-t-il à une rationalisation de la formation modernisée ? Les pratiques de travail et de formation en réseau sont-elles susceptibles de contribuer au développement d'habitus culturels nouveaux dans et hors des institutions ? Quels dispositifs, quels enjeux et quels intérêts autour du «nomadisme » et « des objets nomades » liés à cette évolution vers les territoires numériques ? Quels effets directs ou indirects en termes de marchandisation ou de marketing éducatif  et comment l'analyse de ces effets permet-elle de rendre compte  de  mécanismes spécifiques d'accumulation de la valeur dans certains secteurs de la formation ?

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